La route qui descend d'Agdz à travers Zagora jusqu'à M'Hamid est celle que nous parcourons le plus souvent chez Saharastern. Pour nous, ce n'est pas seulement la route vers les dunes, c'est le voyage en lui-même. En suivant le fleuve Draa, le plus long fleuve du Maroc, vous descendez la plus longue oasis de palmiers du pays, passez devant des ksour et des kasbahs de terre crue, jusqu'au point où le bitume s'arrête et où le Sahara proprement dit commence. C'est pourquoi nous disons souvent : le désert commence à M'Hamid, mais l'histoire commence dans la Vallée du Draa.
Un ruban de verdure dans le désert
La Vallée du Draa s'étend sur environ 200 km de palmeraies, d'Agdz jusqu'à M'Hamid El Ghizlane. Alimenté en grande partie par le Haut Atlas, le fleuve disparaît sous terre sur une bonne partie de son cours inférieur, mais il nourrit encore des millions de palmiers-dattiers, du henné, de la luzerne et de petits potagers. Ce système d'oasis en couches fait vivre les communautés berbères et oasiennes depuis des siècles. En parcourant la N9, le contraste est net : les collines dénudées et la hamada cèdent la place à un mur de verdure, puis reviennent à l'ocre, puis au sable. C'est l'un des rares endroits où la frontière entre montagne, oasis et désert est aussi visible.
Ksour, kasbahs et la route de Tombouctou
La richesse qui descendait autrefois cette vallée a laissé sa marque dans des villages fortifiés. Juste au sud d'Agdz, la kasbah Tamnougalt est l'une des plus connues, un rappel des forteresses qui contrôlaient autrefois l'eau et le commerce le long de la route. Plus loin, Tinzouline est réputée pour son tissage, et Tamegroute (juste à l'extérieur de Zagora) est connue pour sa poterie émaillée verte et sa bibliothèque historique. Ce sont des lieux vivants, pas des pièces de musée, beaucoup de familles y cultivent et y travaillent encore comme elles le font depuis des générations.
Zagora elle-même est le point médian naturel. À sa périphérie se dresse le panneau peint devenu une icône : « Tombouctou 52 jours ». Il renvoie au voyage de caravane d'environ 52 jours qui reliait autrefois Zagora à Tombouctou à travers le Sahara, une distance d'environ 2 500 km au rythme d'une caravane. Nous ne nous lassons jamais de le montrer aux invités, car il situe le contexte de notre destination. Zagora est aussi notre ville natale, l'endroit d'où nous faisons tourner cette agence depuis 2005.
De Zagora à M'Hamid: la porte des dunes
Au sud de Zagora, la vallée se resserre et les palmiers s'éclaircissent. La route continue jusqu'à M'Hamid El Ghizlane, à environ 95 km au sud de Zagora, soit à peu près 1 h 30 par la route. M'Hamid marque la fin de la N9 bitumée et la limite pratique du Sahara. C'est le point de départ vers les grandes dunes d'Erg Chegaga, le champ de dunes le plus sauvage avec lequel nous travaillons. De là, le seul moyen d'entrer au cœur de Chegaga est la piste en 4x4 ou le chameau.
Ce dernier tronçon est celui où le paysage change le plus radicalement. Les parcelles irriguées se réduisent, la hamada prend le dessus, et les premières dunes basses commencent à apparaître au loin. Pour nous, ce moment ne vieillit jamais, peu importe le nombre de fois où nous le parcourons, on sent le rythme ralentir et l'horizon s'ouvrir. C'est pourquoi des voyages comme notre circuit du Draa profond jusqu'à M'Hamid ou notre circuit des kasbahs du Draa à Essaouira prennent délibérément leur temps sur cette route plutôt que de la traverser à la hâte.
Pourquoi nous ralentissons sur ce trajet
Il est tentant de traiter la route comme un transfert. Nous ne le faisons jamais. Au printemps, la vallée peut porter une touche de vert due aux pluies d'hiver ; en automne, la lumière est particulièrement douce pour les murs de terre et les troncs de palmiers ; en hiver, l'air est vif et clair. Nous ménageons de courtes haltes : pour se dégourdir les jambes devant une kasbah, acheter des dattes, regarder la lumière bouger sur les palmiers. Ces minutes imprévues sont souvent celles que les invités mentionnent après coup.
Le Draa est aussi un système fluvial vivant, pas une relique. De petits canaux de terre distribuent encore l'eau, les familles récoltent encore les dattes à la fin de l'été et au début de l'automne, et les souks hebdomadaires rassemblent encore les villages. Cette continuité compte pour nous, elle ancre la nuit au camp du désert qui suit dans un lieu réel, pas dans une abstraction.
La route qui encadre le voyage
Pour quiconque se dirige vers le côté Zagora du Sahara, le trajet d'Agdz à Zagora puis M'Hamid fait autant partie de l'expérience que les dunes elles-mêmes. Il donne le contexte : l'histoire caravanière, l'économie de l'oasis, la lente transition des montagnes au sable. Quand nous planifions des itinéraires incluant M'Hamid et Erg Chegaga, nous protégeons du temps pour cette vallée. C'est pourquoi la route vers le sud n'est pas seulement un moyen d'arriver à une fin, mais l'une des choses que nous avons hâte de montrer à nos invités.








